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Conférence internationale sur les crypto-actifs et innovations numériques : Opportunités et défis pour la stabilité monétaire et financière
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Le paysage financier mondial connaît, depuis plusieurs années, une profonde mutation portée par l’essor des technologies digitales. La diffusion accélérée de solutions telles que la tokenisation des actifs, l’émergence des Monnaies Digitales de Banque Centrale (MDBC) et l’essor des crypto-actifs redéfinissent progressivement les modalités de paiement, d’épargne, d’investissement et de financement.
Pour les banques centrales, ces innovations constituent une opportunité majeure de modernisation des instruments monétaires et des infrastructures financières. En particulier, les MDBC offrent la possibilité d’améliorer l’inclusion financière, de renforcer l’efficacité des paiements, de réduire les coûts de transaction et d’accroître la traçabilité des flux financiers. De même, la tokenisation 1 des actifs contribue à la diversification des modes de financement et à une meilleure interopérabilité des systèmes, tout en ouvrant la voie à l’automatisation de certains processus via les contrats intelligents 2 . Ces transformations digitales permettent ainsi aux banques centrales d’optimiser la conduite de la politique monétaire, de renforcer la transparence et l’inclusion financière, d’améliorer les paiements transfrontaliers, de moderniser les systèmes de paiement et de consolider la résilience opérationnelle.
Cependant, elles s’accompagnent de risques nouveaux susceptibles d’affecter la stabilité financière. L’essor de crypto-actifs non régulés, l’expansion rapide des stablecoins 3 , la désintermédiation potentielle du système bancaire traditionnel, les menaces croissantes en matière de cyberattaques, le risque systémique et la fragmentation possible des systèmes de paiement internationaux constituent autant de défis à anticiper. La préservation de la souveraineté monétaire, la maîtrise des flux transfrontaliers de capitaux et la protection des consommateurs imposent désormais aux banques centrales de repenser leurs cadres prudentiels, leurs mécanismes de supervision et leurs stratégies d’adaptation.
Dans ce contexte, l’enjeu n’est pas de freiner l’innovation, mais d’en assurer une intégration maîtrisée, conciliant modernisation du système financier et préservation de sa stabilité. Les banques centrales sont ainsi appelées à renforcer leurs capacités analytiques, à approfondir la coopération régionale et internationale, et à développer des cadres réglementaires adaptés aux réalités technologiques émergentes.
Au niveau international, les institutions financières multilatérales et plusieurs banques centrales africaines ont multiplié les initiatives dans le domaine des innovations digitales :
- le Fonds Monétaire International (FMI) a publié un Manuel sur les MNBC (2023) et conduit plusieurs missions d’assistance technique, notamment en Afrique Subsaharienne, sur la conception et la régulation des monnaies digitales. Il a également diffusé des guides pratiques sur l’adoption inclusive des MNBC et sur la gouvernance de la transformation digitale dans les systèmes financiers ;
- la Banque des Règlements Internationaux (BRI), à travers son Innovation Hub, pilote de nombreux projets de recherche ou de coopération sur les MNBC et la tokenisation. Le rapport d’enquête “Central Bank Digital Currencies in Africa (2024)” 4 met en évidence la montée en puissance des initiatives africaines en matière de monnaies digitales ;
- la Banque Centrale du Nigeria (CBN) a été pionnière en Afrique avec le lancement du eNaira, première MNBC de détail du continent ;
- la Bank of Ghana (BoG) expérimente depuis 2022 la e-Cedi, en phase pilote, pour renforcer l’inclusion financière et la sécurité des paiements domestiques;
- la South African Reserve Bank (SARB) travaille actuellement sur un projet de MNBC de gros ;
- la Bank Al-Maghrib (BAM) explore la mise en œuvre d’une monnaie digitale nationale (e-dirham) pour faciliter les paiements transfrontaliers et réduire les coûts liés à l’émission des pièces et billets de banque.
Dans la zone UEMOA, la BCEAO a engagé plusieurs initiatives pour promouvoir l’innovation digitale tout en préservant la stabilité du système financier. La mise en place de la Plateforme Interopérable du Système de Paiement Instantané (PI-SPI), la création du Comité chargé de l’élaboration de la réglementation relative aux crypto-monnaies dans l’UMOA (C-CRYPTO) et les réflexions en cours relatives à l’émission d’une monnaie digitale de banque centrale par la BCEAO, traduisent cette volonté d’accompagner la transformation digitale dans un cadre sécurisé et harmonisé.
Ces différentes initiatives témoignent de la nécessité, pour les banques centrales africaines, d’adapter leurs cadres prudentiels, réglementaires et technologiques afin de préserver la confiance et la stabilité financière, tout en saisissant les opportunités offertes par la digitalisation.
Dans ce contexte, la BCEAO se propose d’organiser une Conférence internationale sur le thème : « Crypto-actifs et innovations digitales : opportunités et défis pour la stabilité financière » . Cette rencontre s’inscrit dans la dynamique d’échanges sur les politiques d’innovation technologique et financière, les expériences de régulation et les mécanismes de prévention des risques émergents liés à la digitalisation.
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1. La tokenisation des actifs désigne le processus qui consiste à représenter un actif réel ou financier sous la forme d’un “token” numérique enregistré sur une technologie de registre distribué (DLT), généralement une blockchain. Ce token reflète les droits de propriété ou une fraction de l’actif sous-jacent et permet son émission, son transfert et son règlement de manière numérique.
2. Un contrat intelligent est un programme numérique sur blockchain qui s’exécute automatiquement dès que les conditions du contrat sont remplies sans intervention humaine.
3. Les stablecoins sont des crypto-actifs qui visent à maintenir une valeur stable par rapport à un actif donné ou un panier d’actifs.
L’objectif général de la Conférence est de renforcer la compréhension des enjeux économiques, monétaires, prudentiels et technologiques liés à l’essor des innovations digitales et des crypto-actifs. Elle offrira une plateforme d’échanges de haut niveau pour analyser leurs impacts sur les systèmes financiers africains et identifier les politiques publiques et dispositifs institutionnels nécessaires au maintien de la stabilité et de la résilience du secteur financier dans un environnement en mutation rapide. Elle entend également mettre en lumière les mesures à prendre pour tirer pleinement parti des opportunités offertes par ces innovations, tout en en maîtrisant les risques potentiels.
De manière plus spécifique, la Conférence vise à :
- analyser les opportunités et les risques que présentent la diffusion des crypto-actifs et des innovations digitales pour les économies africaines, en mettant en lumière leurs effets potentiels sur la souveraineté monétaire, l’efficacité des politiques économiques et la stabilité financière ;
- identifier les impacts macrofinanciers et prudentiels de la tokenisation des actifs et de la désintermédiation bancaire, en particulier sur le rôle des intermédiaires financiers, la circulation de la liquidité et la transmission de la politique monétaire ;
- partager les expériences internationales et africaines relatives à la conception, à l’émission et à la régulation des crypto-actifs ainsi que des monnaies digitales de banque centrale, en s’appuyant sur les orientations émanant du FMI et de la BRI ;
- examiner les mécanismes de cybersécurité, de gouvernance et de protection des données nécessaires pour assurer la confiance et la résilience des infrastructures numériques de paiement, dans un contexte marqué par la multiplication des risques technologiques et opérationnels ;
- formuler des recommandations stratégiques et opérationnelles en vue d’élaborer un cadre réglementaire et institutionnel harmonisé, garantissant un équilibre entre la promotion de l’innovation digitale et de l’inclusion financière et la préservation de la stabilité financière dans l’espace UEMOA.
Les résultats attendus de cette Conférence internationale sont les suivants :
- une meilleure compréhension des dynamiques d’innovation financière et technologique induites par l’essor des crypto-actifs, des monnaies digitales de banque centrale et des mécanismes de tokenisation. Les participants devraient notamment saisir les implications de ces évolutions sur la conduite de la politique monétaire, la stabilité macrofinancière et la structuration du système bancaire et financier ;
- une cartographie actualisée des initiatives menées sur le continent africain dressée dans le domaine des monnaies digitales, des plateformes technologiques de paiement et des cadres nationaux de régulation des crypto-actifs. Cette analyse comparative contribuera à identifier les tendances structurantes, les choix institutionnels opérés et les enseignements tirés des expériences les plus avancées ;
- un partage d’expériences sur les bonnes pratiques internationales en matière de supervision, de gouvernance technologique, de cybersécurité et de protection des données, notamment à partir des cadres stratégiques développés par le FMI, la BRI et plusieurs banques centrales pionnières ;
- des recommandations stratégiques et opérationnelles visant à accompagner l’élaboration, au sein de l’UEMOA, d’un cadre réglementaire harmonisé, permettant à la fois d’encadrer les innovations financières, de préserver la confiance du public, de protéger l’intégrité des marchés financiers et de consolider la stabilité financière ;
- des coopérations régionales et internationales renforcées entre les autorités monétaires, les régulateurs sectoriels, les institutions financières et les acteurs de l’économie numérique.
La Conférence se tiendra à Dakar le 8 mai 2026 à l’Hôtel Terrou-Bi.
La Conférence réunira un ensemble diversifié d’acteurs intervenant dans les domaines de la politique monétaire, de la stabilité financière, de la régulation et de l’innovation technologique. À ce titre, prendront part aux travaux :
- les Gouverneurs de banques centrales ou leurs représentants, notamment issus des banques centrales africaines (BEAC, Ghana, Nigeria, Afrique du Sud, Kenya, Maroc, Ile Maurice, Botswana, Rwanda) ainsi que des banques centrales partenaires hors du continent ;
- des représentants d’institutions financières internationales, au premier rang desquelles figurent le FMI, la Banque Mondiale (BM), la Commission de l’UEMOA, la BRI et le GAFI, en raison de leur expertise dans les réformes des systèmes financiers et les technologies émergentes ;
- des dirigeants d’institutions financières régionales, notamment la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD), l’Agence UMOA-Titres, et l’Autorité des Marchés Financiers de l’UMOA (AMF-UMOA), dont les activités sont directement concernées par les mutations en cours dans les systèmes de paiement et les marchés financiers ;
- des experts reconnus dans le domaine des technologies financières, de la cybersécurité, de la blockchain et de la régulation des crypto-actifs, issus d’autorités de supervision, d’entreprises spécialisées et de centres de recherche ;
- des chercheurs universitaires spécialisés dans les innovations monétaires, la stabilité financière et l’économie numérique ;
- ainsi que des professionnels de la communication économique et des médias, en vue d’assurer une diffusion éclairée des messages issus des travaux de la Conférence.
Cette diversité de profils vise à garantir une approche multidimensionnelle des échanges, permettant d’appréhender pleinement les enjeux, opportunités et risques associés aux innovations digitales et aux crypto-actifs pour les banques centrales.