Monsieur le Ministre des Finances et du Budget du Togo,
Monsieur le Ministre de l’Économie et de la Veille stratégique du Togo,
Monsieur le Président de l'Autorité des Marchés Financiers de l'Union Monétaire Ouest Africaine (AMF-UMOA),
Monsieur le Vice-Gouverneur de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest,
Monsieur le Commissaire des Politiques Economiques et de la Fiscalité Intérieure à la Commission de l’UEMOA,
Madame et Messieurs les Directeurs Généraux, membres du Conseil d’Orientation de UMOA-Titres,
Monsieur le Directeur National de la BCEAO pour le Togo,
Madame le Directeur de UMOA-Titres,
Madame le Directeur du Fonds de Garantie des Dépôts et Résolutions de l’UMOA,
Mesdames et Messieurs les membres des délégations des Etats membres de l’UMOA,
Monsieur le Président de la Fédération des Associations Professionnelles des Banques et Etablissements Financiers (FAPBEF) de l’UMOA,
Mesdames et Messieurs les Directeurs Généraux de Banques et Etablissements Financiers,
Mesdames et Messieurs les investisseurs,
Mesdames et Messieurs les participants,
Distingués invités,
Je vous souhaite la bienvenue à cette huitième édition des Rencontres du Marché des Titres Publics.
Je voudrais adresser mes remerciements à Monsieur le Ministre des Finances et du Budget ainsi qu’à Monsieur le Ministre de l’Economie et de la Veille stratégique du Togo pour leur présence à cette rencontre. Leur participation à la cérémonie d’ouverture de cet évènement, en dépit de leurs agendas très chargés, illustre l’intérêt et l'importance qu'ils attachent à ces Rencontres et au développement du Marché des Titres Publics au sein de notre Union.
Qu’il me soit donc permis, en votre nom et au mien propre, de leur exprimer notre profonde gratitude pour l’accueil chaleureux réservé à toutes les délégations, ainsi que pour les facilités mises à notre disposition, en vue d’assurer la pleine réussite de cette réunion.
Mesdames et Messieurs,
Créée en 2013 par la Banque Centrale, sur Décision du Conseil des Ministres de l’Union, UMOA-Titres incarne une ambition communautaire : celle de doter nos Etats d’un cadre moderne et crédible de financement, en accompagnant les Trésors nationaux dans la mobilisation de ressources financières sur le marché régional des titres publics. Dans ce cadre, UMOA - Titres a mené au cours des dernières années plusieurs initiatives structurantes en concertation avec les principaux acteurs concernés.
Ainsi, le Marché des Titres Publics s’est positionné, au fil du temps, comme l’un des piliers essentiels du financement des Etats membres de l’Union.
En effet, sur le marché primaire, l’encours des titres émis par adjudication, rapporté au PIB de l’Union, est passé de 5,6% en 2014 à 14,6% en 2025, confirmant le rôle central de ce marché dans le financement des politiques publiques.
Dans le même temps, le marché secondaire a connu un renforcement substantiel de sa liquidité, le taux de rotation annuelle de l’encours de la dette publique atteignant désormais plus de 25%, contre 5% en 2016, signe d’une dynamique accrue des échanges et d’une confiance accrue des investisseurs.
Cette évolution remarquable atteste du développement progressif, maîtrisé et résilient du Marché des Titres Publics. Elle résulte du concours coordonné de l’ensemble des acteurs du marché, dans le cadre du dispositif de régulation et de surveillance mis en place par la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), ainsi que des initiatives structurantes mises en œuvre, parmi lesquelles, figurent notamment :
- la coordination, assurée par UMOA-Titres, des interventions des émetteurs, tant en matière de planification que de structuration des instruments de dettes à émettre, contribuant à une meilleure prévisibilité des émissions et à une optimisation des conditions de financement des Etats ;
- l’amélioration continue de la disponibilité, de la qualité et de la fiabilité de l’information sur le marché. A cet égard, la production périodique de notes d’information relatives à la situation économique et financière des Etats, à leurs notations financières en monnaie locale, ainsi que la publication régulière de courbes de taux de référence, ont contribué de manière significative au renforcement de la transparence du marché régional de la dette publique et à la réduction des primes de risque ;
- l’opérationnalisation effective de l’activité des Spécialistes en Valeurs du Trésor en 2016, qui a joué un rôle déterminant dans la dynamisation et l’amélioration de la liquidité du marché secondaire ;
- le renforcement des bonnes pratiques de marché, ainsi que le développement des capacités techniques et opérationnelles des acteurs, favorisant une professionnalisation accrue de l’écosystème du Marché des Titres Publics ;
- enfin, la formation et la certification des spécialistes du marché, notamment à travers le programme CISI-UMOA, grâce auquel près de 650 acteurs du marché ont été certifiés.
Dans ce cadre, l’action continue de la BCEAO en matière de régulation, de supervision et d’accompagnement des acteurs demeure déterminante pour préserver la stabilité financière, renforcer la confiance des investisseurs et soutenir l’approfondissement durable du Marché des Titres Publics régional.
Mesdames, Messieurs, Chers participants,
Notre environnement économique et financier est en mutation permanente sous l’effet de chocs exogènes de plus en plus fréquents, de conditions financières internationales plus restrictives et d’exigences accrues en matière de soutenabilité des finances publiques. Dans ce contexte, les défis auxquels nous sommes confrontés se renouvellent sans cesse, tant à l’échelle internationale qu’au sein de notre région.
Si les performances enregistrées sont globalement encourageantes, le Marché des Titres Publics dispose encore de marges de progression importantes pour atteindre son plein potentiel et jouer pleinement son rôle dans le financement du développement.
Face à des besoins de financement structurellement croissants, les principaux défis à relever portent notamment sur le renforcement de la capacité d’absorption du marché à travers l’élargissement et la diversification de la base des investisseurs, le développement et l’approfondissement du marché secondaire, ainsi que la dynamisation de l’activité des Spécialistes en Valeurs du Trésor.
Au regard de ces enjeux, la rencontre de ce jour offre un cadre privilégié pour dresser un bilan objectif des acquis, identifier les vulnérabilités potentielles et définir des orientations communes visant à consolider la résilience du Marché des Titres, en tant qu’instrument central de financement des Etats.
Les travaux de ces deux journées devront ainsi permettre d’explorer et de formuler des propositions structurantes, notamment en matière de renforcement du cadre réglementaire et prudentiel, d’amélioration de la liquidité du marché secondaire, de stimulation de la participation des investisseurs institutionnels, ainsi que de modernisation des infrastructures et des pratiques de marché. A cet égard, je vous invite à des échanges approfondis, ouverts et constructifs, afin de dégager des pistes de solutions concrètes, opérationnelles et innovantes, à même de renforcer durablement la confiance des investisseurs et de soutenir la mobilisation efficiente de l’épargne régionale, au service du développement économique. C’est à ce prix que le Marché des Titres Publics pourra pleinement contribuer, à l’approfondissement du marché financier régional et à la consolidation de la stabilité macrofinancière au sein de l’Union.
Mesdames, Messieurs, chers participants,
Les échanges prévus s’inscrivent pleinement dans les priorités définies en vue de renforcer l’efficacité opérationnelle du Marché des Titres Publics. Ces priorités s’articulent autour de trois axes stratégiques complémentaires.
Le premier axe porte sur l’approfondissement du marché. Il repose à la fois sur une mobilisation accrue de l’épargne régionale et la diversification de la base des investisseurs.
A cet égard, la progression encore insuffisante du taux de bancarisation au sein de l’Union a conduit les autorités monétaires et financières à placer l’inclusion financière au cœur des priorités stratégiques de ces dernières années.
L’objectif visé est de créer un cercle vertueux, dans lequel l’inclusion financière permettra de mobiliser davantage l’épargne au sein de l’Union, laquelle pourra ensuite être orientée vers des financements de long terme, indispensables au développement économique et à la soutenabilité des finances publiques.
L’introduction et le développement des établissements de monnaie électronique a fortement contribué à améliorer le taux d’inclusion financière qui est passé de 47% en 2016 à 74,7% en 2025. La nouvelle stratégie d’inclusion financière adoptée en 2025 devrait nous permettre d’atteindre un taux de plus de 90% en 2030.
La digitalisation des services financiers doit être accompagnée d’actions complémentaires, au nombre desquelles figurent notamment :
- la mise en oeuvre, par l’ensemble des acteurs concernés, de programmes d’éducation financière, à l’instar de ceux déployés par la Banque Centrale à l’échelle de l’Union dans le cadre de la Stratégie Régionale d’Inclusion Financière 2025-2030 ;
- le renforcement de la transparence et de la qualité de l’information, afin d’accroître la confiance des épargnants et des investisseurs ;
- la mise à disposition, par les intermédiaires de marché, de produits d’épargne et d’investissement simples, lisibles et liquides, adaptés aux besoins, aux capacités et aux contraintes des différentes catégories de populations.
Au-delà de la mobilisation accrue de l’épargne régionale, l’approfondissement du marché requiert également un environnement de nature à attirer davantage les investisseurs institutionnels de long terme, notamment les fonds de pension, les caisses de retraites, les compagnies d’assurance et les caisses de dépôts.
Ces orientations constituent un socle indispensable pour renforcer la capacité d’absorption du marché et en assurer le développement harmonieux, tout en préservant la stabilité financière et en soutenant durablement le financement du développement au sein de l’Union.
Mesdames, Messieurs,
L’efficience du marché financier repose également sur l’existence d’une liquidité suffisante, continue et de qualité, condition essentielle à son bon fonctionnement et à sa crédibilité.
C’est précisément dans cet esprit que s’inscrit notre deuxième priorité stratégique, consacrée au renforcement durable de la liquidité. Celle-ci constitue un levier déterminant pour assurer une diffusion efficiente des titres souverains auprès d’un large éventail d’investisseurs, incluant les investisseurs institutionnels non bancaires, les investisseurs internationaux, ainsi que les petits épargnants.
A défaut, le manque de dynamisme du marché secondaire se traduit par des primes d’illiquidité et par une moindre lisibilité de la courbe des taux, ce qui accroît mécaniquement le coût de financement des États.
L’amélioration de la liquidité du marché secondaire conditionne une formation plus transparente et plus fiable des prix, permettant à la dette souveraine d’assumer pleinement son rôle d’actif de référence au sein d’un marché financier régional intégré, profond et résilient.
C’est dans cette dynamique qu’interviendra au cours de la présente rencontre, le lancement de la plateforme de cotation et de transaction du marché secondaire des titres publics, fruit d’un engagement constant des équipes de la BCEAO et de UMOA-Titres, avec le concours de plusieurs participants du Marché, que je voudrai saluer.
L’ambition est claire : établir des niveaux de prix qui reflètent fidèlement les conditions réelles du marché et qui offrent une base robuste pour la valorisation des titres, les arbitrages financiers et la gestion des risques.
La réduction des délais de traitement, conjuguée à une valorisation plus fluide et plus fiable des instruments, devrait également favoriser une circulation plus efficace des titres, en limitant les frictions de marché et en renforçant l’efficience globale des transactions.
Nous pouvons légitimement nous réjouir des avancées qu’induira cette nouvelle plateforme. Toutefois, la technologie ne saurait être une fin en soi : son impact réel se mesurera à la qualité des pratiques qu’elle induira, à l’usage responsable et rigoureux qu’en feront les acteurs, ainsi qu’aux progrès tangibles réalisés en matière de transparence, de réduction des coûts de transaction et de traçabilité des opérations.
Mesdames, Messieurs, Chers participants,
Le troisième chantier prioritaire du développement du marché des Titres Publics porte sur le renforcement des bonnes pratiques, de l’éthique et de la déontologie.
Un marché profond et liquide se construit dans le temps, à travers la transparence de l’information, la lisibilité des mécanismes et la crédibilité des engagements. Du côté des émetteurs, cela suppose la mise à la disposition d’une information complète, fiable et accessible, ainsi que la stabilité et la prévisibilité des calendriers d’émissions.
Les meilleures pratiques impliquent également l’instauration d’une relation plus structurée entre les émetteurs et les investisseurs, fondée sur un dialogue régulier, une communication cohérente sur la stratégie d’endettement et une capacité renforcée à expliciter les arbitrages opérés.
Les investisseurs et les intermédiaires de marché, ont pour leur part, un rôle déterminant à jouer dans la consolidation de l’éthique et de la déontologie. Celles-ci sont indispensables au bon fonctionnement des marchés primaire et secondaire, ainsi qu’au renforcement de la confiance des émetteurs et des investisseurs finaux. Autant d’exigences et de responsabilités qui permettront de tirer pleinement parti des interventions sur le Marché des Titres Publics et de contribuer à son développement harmonieux.
Mesdames, Messieurs, Chers participants,
J’ai la conviction que ces Rencontres constitueront une étape décisive vers l’adoption d’une feuille de route opérationnelle, reposant sur des engagements clairs et mesurables, des responsabilités clairement définies et des indicateurs simples, lisibles et régulièrement évalués dans le cadre d’un dispositif de suivi rigoureux.
La Banque Centrale, dans l’exercice de ses missions de régulation, de supervision et de coordination, veillera avec constance à la cohérence d’ensemble du dispositif et à la bonne application des principes qui fondent la crédibilité du marché.
Je forme le vœu que vos échanges et recommandations traduisent cette exigence commune en décisions concrètes et en pratiques exemplaires.
Sur ces mots, je souhaite plein succès à vos travaux et vous remercie de votre très aimable attention.